Dans le cadre de la résidence de création avec les Boutographies et la Galerie l'Aberrante sur le sujet de l'humain à Montpellier, mon travail photographique s'axe sur le quotidien d'un habitant du quartier de Figuerolles. Particulièrement sensible à l'injustice sociale, j'ai choisi de suivre un homme qui a subi l'exclusion de son domicile et qui, trois ans plus tard, est toujours en attente d'un logement.            

 

Jean-Paul et moi nous sommes rencontrés fin 2019 à la librairie Scrupule dans le quartier de Figuerolles. Jean Paul est plein d'humour et de bon sens. Voyageur, il a vécu près de 6 ans au Sénégal avant de s'installer dans le quartier de Figuerolles. Il est très attaché à ce quartier multiculturel et populaire qui se gentrifie lentement : « Lorsqu'on est bien quelques part ça ne sert à rien de parcourir le monde » ( Jean-Paul, extrait d'entretien ). Ce « guide local » s'intéresse à tout et à tout le monde. Apprécié, sa bonne compagnie en fait une personnalité incontournable du quartier. Chaque jour, il partage un moment avec son chat ; il est toujours au rendez-vous pour lui apporter nourriture et affection. Ce lieu de rendez-vous est également un endroit de passage pour de nombreux habitants du quartier où les discussions vont bon train.

 

Expulsé de son logement en octobre 2018, cet ami de Figuerolles se retrouve dans l'errance. Les cages d'escaliers peuvent lui servir de dortoir lorsqu'il n'est pas hébergé par des habitants bienveillants le temps d'une nuit, d'une semaine, ou plus. Les démarches pour retrouver un logement sont en cours, mais les lenteurs administratives se font sentir. Il est de plus en plus touché par ce quotidien devenu compliqué. Affecté et fatigué, parfois, il ressent le besoin d'être seul et de sortir de l'activité de la ville. En effet, comme le dit Jean-Paul : « Le temps de la rue n'est pas le temps de la bureaucratie ». Alors, il se retire sur les bords du Lez. Dans cet espace, il se repose, il lit, il se sent en sécurité. Il peut dormir au pied des conifères, là où, en général, le sol est sec. La présence d'un banc lui permet le matin, de mettre ses chaussures et ses idées en place. Ensuite, il consulte l'heure puis il reste là, quelques minutes, avant de repartir vers son quotidien urbain.

 

Ce travail en résidence de création est en cours. Il se construit au fil des moments que je partage avec Jean-Paul, de ses confidences et, également, en fonction de l'évolution de sa situation.

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